Arenal et Monteverde
Le nord volcanique du Costa Rica articule le cône de l'Arenal, ses sources chaudes et la forêt de nuage de Monteverde, perchée à 1 600 mètres entre brume et quetzals.
Le nord volcanique du Costa Rica concentre, sur un peu plus de 100 kilomètres à vol d'oiseau, deux écosystèmes que tout oppose. À l'est, autour de La Fortuna de San Carlos, le volcan Arenal dresse son cône de 1 670 mètres au-dessus d'une plaine de pâturages et de plantations d'ananas. À l'ouest, la cordillère de Tilarán culmine vers 1 800 mètres et plonge ses crêtes dans une brume quasi permanente : c'est la forêt de nuage de Monteverde, posée sur la ligne de partage des eaux entre versant caraïbe et versant pacifique.
L'Arenal a marqué le pays. Son éruption de juillet 1968 a détruit le village de Tabacón et fait 87 victimes. Le volcan est resté actif jusqu'en 2010, date à laquelle il est entré dans une phase de repos. Aujourd'hui, le parc national Volcán Arenal protège 12 124 hectares de forêt tropicale humide qui a recolonisé les anciennes coulées de lave. La ville de La Fortuna, 15 000 habitants, vit du tourisme et de l'élevage laitier. Les sources géothermales qui circulent dans le sous-sol alimentent une dizaine de complexes de bains chauds, du plus simple (le Río Chollín, gratuit, au bord de la route) aux installations luxueuses de Tabacón ou Baldi.
À trois heures de route au sud-ouest, on bascule dans un autre monde. La piste qui mène à Santa Elena, le village pivot de Monteverde, grimpe en lacets sur une vingtaine de kilomètres non asphaltés (les travaux d'asphaltage progressent par tronçons). En haut, on découvre une communauté singulière fondée en 1951 par des quakers nord-américains qui fuyaient la conscription pendant la guerre de Corée. Ils ont apporté l'élevage laitier d'altitude : la fromagerie Monteverde Cheese Factory produit toujours une vingtaine de variétés. La langue anglaise reste très présente, le bilinguisme tico-quaker fait partie de l'identité du lieu.
La forêt de nuage de Monteverde est l'un des écosystèmes les plus diversifiés du pays : 2 500 espèces de plantes, 400 espèces d'oiseaux, 100 espèces de mammifères recensées dans la réserve. Le quetzal resplendissant, oiseau emblème des forêts d'altitude d'Amérique centrale, y niche entre mars et mai, période où l'observation est la plus fiable, souvent au petit matin près des arbres à aguacatillo. Les colibris se concentrent autour des mangeoires du Hummingbird Gallery. À côté de la réserve biologique de Monteverde, gérée par le Centro Científico Tropical, la réserve de Santa Elena, plus petite et plus ventée, offre par temps clair une vue sur le volcan Arenal au loin.
Le climat tranche nettement entre les deux zones. À La Fortuna, on reste dans le tropical humide classique : 24 à 28°C en journée toute l'année, fortes averses de mai à novembre. À Monteverde, l'altitude fait chuter le thermomètre : 14 à 18°C le soir, vent soutenu sur les crêtes de décembre à février, bruine quasi quotidienne le reste de l'année. Une polaire et une veste imperméable sont indispensables en altitude. Côté table, on retrouve les fondamentaux ticos (gallo pinto au petit-déjeuner, casado à midi) enrichis à La Fortuna par les poissons d'eau douce du lac Arenal (tilapia, guapote) et à Monteverde par les fromages frais et les yaourts de la coopérative quaker.
Entre les deux, le lac Arenal, retenue artificielle de 85 km² créée en 1979 pour produire de l'hydroélectricité, structure le paysage. La traversée en bateau-bus depuis l'embarcadère de Río Chiquito, suivie d'un transfert routier jusqu'à Santa Elena, reste le moyen le plus rapide pour passer d'un site à l'autre : compter 3 à 4 heures porte à porte, contre 5 à 6 heures par la route asphaltée via Tilarán.
À découvrir
Sentiers de coulées du parc Arenal. Marche de 2 à 3 heures sur les sentiers Coladas et Los Tucanes, qui traversent les coulées de lave de 1992 et la forêt secondaire qui les a recolonisées, avec le cône du volcan en ligne de mire.
Cascade du Río Fortuna. 70 mètres de chute dans un canyon de basalte, accessibles par un escalier de 500 marches. Baignade possible dans la vasque, eau autour de 20°C, fréquentation forte avant 10h.
Forêt de nuage de Monteverde au lever. Entrée à 7h à la réserve biologique pour profiter de la lumière oblique et de l'activité matinale des oiseaux, avec un guide naturaliste équipé d'une longue-vue pour repérer le quetzal.
Ponts suspendus du Sky Walk. Parcours de 2,5 kilomètres sur six ponts suspendus à la canopée, entre 12 et 45 mètres de hauteur, qui permet d'observer la forêt à plusieurs étages, des fougères arborescentes aux bromélias.
Traversée du lac Arenal en bateau-bus. Liaison de 30 minutes en lancha entre Río Chiquito et la rive ouest, vues sur le volcan et les collines de Tilarán, formule pratique pour enchaîner Arenal et Monteverde sans la longue route.
Quand y aller
La saison sèche, de mi-décembre à avril, reste la plus confortable pour la région, surtout pour voir le sommet du volcan Arenal dégagé (il est souvent dans les nuages dès la mi-journée le reste de l'année). À La Fortuna, comptez 25 à 28°C en journée, nuits autour de 20°C. À Monteverde, même en saison sèche, le vent peut souffler fort entre janvier et mars (rafales à 60 km/h sur les crêtes) et la bruine matinale persiste : c'est le propre de la forêt de nuage, qui ne sèche jamais complètement. Mars à mai est la fenêtre privilégiée pour le quetzal, en pleine période de nidification.
De mai à novembre, la saison verte apporte des averses quotidiennes, souvent l'après-midi, plus intenses en septembre et octobre (jusqu'à 400 mm mensuels à La Fortuna). Les paysages sont plus verts, la fréquentation plus faible, les tarifs en baisse. Nous évitons toutefois septembre-octobre pour les voyageurs qui souhaitent randonner, car certains sentiers de Monteverde deviennent très boueux et les chutes d'arbres ferment ponctuellement des accès.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de 5 nuits sur l'ensemble Arenal-Monteverde : 2 à 3 nuits à La Fortuna pour combiner volcan, cascade, sources chaudes et une activité d'aventure (canyoning, tyrolienne ou rafting sur le Río Balsa), puis 2 nuits à Monteverde pour deux entrées en forêt (une diurne, une nocturne) et les ponts suspendus. La zone se rejoint depuis l'aéroport international de San José en 3h30 de route jusqu'à La Fortuna, via Ciudad Quesada. Pour les voyageurs qui arrivent par Liberia (Guanacaste), comptez 2h30 jusqu'à La Fortuna par la route nord du lac Arenal.
L'enchaînement le plus logique combine Arenal-Monteverde avec le Pacifique nord et Guanacaste (descente vers les plages après Monteverde, 3h de route jusqu'à Tamarindo) ou avec la péninsule d'Osa pour un contraste forêt de nuage / forêt tropicale primaire. La vallée centrale s'articule naturellement en début ou fin de séjour autour de San José. Le confort hôtelier est bon à très bon à La Fortuna (lodges avec piscine d'eau chaude, vue volcan), plus rustique à Monteverde où les hébergements restent volontairement intégrés à la forêt. La région convient aux familles avec enfants à partir de 6 ans, aux couples contemplatifs comme aux randonneurs, mais c'est aussi le terrain de prédilection des voyageurs qui aiment alterner observation naturaliste et activités à sensation.








